Afrique : Michel Ocelot lève le voile sur les tabous du film Kirikou !
Créé en 1998, le film d’animation Kirikou et la sorcièrecontinue de susciter débats et fascination. Derrière l’apparente simplicité du conte africain, le réalisateur Michel Ocelot a volontairement intégré des thèmes rarement abordés dans un film d’animation destiné au grand public. Dans une récente interview accordée à Brut Afrique, le réalisateur a expliqué que son œuvre assumait des sujets sensibles,souvent considérés comme taboues dans les productions pour enfants.
Le cinéaste revendique une démarche artistique fidèle aux traditions africaines qui ont inspiré l’histoire. Évoquant l’ouverture du film, il rappelle avoir choisi de montrer la naissance de Kirikou sans détour. «Je peux vous dire des choses. Sur le zizi de Kirikou, tous les dessinateurs, dessinatrices, animateurs, animatrices dessinaient le zizi trop gros. Et je devais passer après eux pour gommer les zizis qu’on ne devait pas voir parce que la perspective n’était pas bonne», affirme Michel Ocelot. Pour lui, cette approche découle directement de sa découverte des contes africains et de son enfance en Guinée, qui ont nourri l’univers du film.
Une œuvre audacieuse inspirée de l’Afrique
Michel Ocelot insiste sur le fait que la liberté du film vient de cette inspiration culturelle. Il explique qu’il n’aurait pas osé certaines scènes dans un contexte occidental, notamment l’accouchement visible à l’écran ou la nudité du personnage principal. « Je n’aurais pas pu imaginer commencer un film familial avec un accouchement à l’écran. Je ne suis pas sûr qu’aujourd’hui, je pourrais faire Kirikou aussi librement. J’ai fait un film où on voit le zizi du héros pendant tout le film. », souligne-t-il, ajoutant que cette audace lui semblait pourtant naturelle dans l’univers du conte africain.
Au-delà de la nudité, le réalisateur évoque aussi les sous-textes plus profonds du récit. L’histoire de Karaba, la sorcière, aborde symboliquement la souffrance, la violence et la marginalisation. Loin d’un simple dessin animé, Kirikou traite ainsi de traumatismes et de reconstruction, une dimension que de nombreux spectateurs ne perçoivent qu’à l’âge adulte.Avec cette œuvre, Michel Ocelot affirme avoir voulu montrer une Afrique authentique, sans filtre ni caricature. Vingt-huit ans après la sortie du film , Kirikou demeure ainsi un film culte, dont l’audace continue d’alimenter les discussions autour des tabous culturels et sociaux dans le cinéma d’animation.









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