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Affaire Webcor : une plainte en France ravive les soupçons sur la gouvernance juridique du Gabon

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Le différend opposant depuis plus de dix ans la société de BTP Webcor à l’État gabonais connaît un nouveau développement qui pourrait raviver les inquiétudes sur la gestion des contentieux publics. D’après les informations révélées le 5 mars par Africa Intelligence, l’entreprise a déposé, le 24 février, une plainte pour “escroquerie” et “tentative d’escroquerie” auprès de la procureure de la République de Paris.

Cette plainte viserait la directrice générale de l’Agence judiciaire de l’État (AJE), structure chargée de représenter l’État gabonais dans ses litiges avec des partenaires privés. La procédure aurait été engagée par le cabinet d’avocats Vey & Associés, conseil de Webcor.

Au cœur de cette nouvelle séquence judiciaire : un protocole d’accord transactionnel signé en janvier 2024 entre l’État gabonais et la société française. Cet accord prévoyait le versement de plus de 65 milliards de FCFA (environ 100 millions d’euros) à Webcor et à sa filiale Grand Marché de Libreville, en contrepartie de l’abandon des poursuites engagées devant les juridictions françaises.

Mais, selon les éléments cités par Africa Intelligence, les autorités gabonaises ont par la suite contesté la validité même de cet engagement, estimant que la directrice de l’AJE n’était pas habilitée à engager l’État ni à représenter la commune de Libreville. Une position que Webcor interprète comme une contradiction majeure, dénonçant dans sa plainte une “volonté délibérée de commettre la fraude”.

Un dossier emblématique des incertitudes juridiques

Pour rappel, le litige trouve son origine en 2015, après l’arrêt unilatéral du projet de construction du grand marché de Libreville. Si une condamnation à indemnisation avait été prononcée en 2018 à l’encontre de l’État gabonais, celle-ci avait été annulée en 2021 dans un contexte marqué par des accusations de corruption, toujours rejetées par l’entreprise.

Le changement de régime intervenu en 2023 avait pourtant laissé entrevoir une sortie de crise, avec l’ouverture de discussions et la signature du protocole transactionnel en 2024. La remise en cause ultérieure de cet accord nourrit aujourd’hui des interrogations sur la capacité des institutions à sécuriser les engagements pris dans le cadre de négociations avec des investisseurs étrangers.

Dans l’attente de la décision du tribunal judiciaire de Paris sur la validité du protocole, attendue en 2026, Webcor a choisi d’engager une action sur le terrain pénal.

Un signal observé par les investisseurs

Au-delà du cas particulier de Webcor, cette succession de revirements pose la question de la cohérence de la parole de l’État dans ses engagements contractuels. La répétition de telles situations pourrait peser sur la perception du Gabon auprès des investisseurs internationaux.

À l’heure où les économies africaines cherchent à attirer des capitaux dans un environnement concurrentiel, la stabilité juridique et la prévisibilité des décisions publiques apparaissent comme des critères déterminants.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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