Affaire Gaboma : la République piégée par ses propres fils ?
Au cœur de la Ve République gabonaise, alors que le président Brice Clotaire Oligui Nguema s’emploie à redresser les institutions, y compris le secteur sportif, une affaire aux relents de scandale vient éclabousser le football national. Derrière ce que la Fédération gabonaise de football (Fegafoot) a tenté de minimiser en parlant de « polémique inutile », l’affaire Gaboma révèle un montage aux contours troublants, mêlant patriotisme de façade, conflits d’intérêts et soupçons d’irrégularités dans l’utilisation de fonds publics.
Au centre de cette controverse figure Thierry Mouyouma, alors sélectionneur national des Panthères du Gabon, depuis limogé avec l’ensemble de son staff après le fiasco retentissant de la CAN 2025. L’ancien international, également entraîneur du FC 105, s’est longtemps présenté comme un patriote engagé au service du football gabonais. Les éléments aujourd’hui disponibles dessinent pourtant le portrait d’un homme soupçonné d’avoir utilisé sa position stratégique pour favoriser sa propre structure privée, Gasma Sports, au détriment des règles de gouvernance sportive et de l’intérêt général.
Quand le patriotisme devient un argument commercial
Selon des sources concordantes proches du Palais du bord de mer, une enveloppe d’environ 300 millions de FCFA aurait été mobilisée par la Présidence pour l’équipement de l’équipe nationale en vue de la CAN 2025, après la fin du partenariat avec Puma. C’est dans ce contexte que Thierry Mouyouma aurait activement plaidé auprès des plus hautes autorités en faveur de Gaboma, présentée comme une marque « 100 % gabonaise », incarnation supposée du patriotisme économique.
Problème majeur : Gaboma n’existait pas juridiquement au moment des démarches. La marque serait en réalité une émanation de Gasma Sports, société créée le 5 avril 2025, mais dont la régularisation auprès de l’Agence nationale de la promotion des investissements (ANPI) n’interviendra que le 11 novembre 2025. Or, le marché public aurait été attribué le 10 novembre 2025, soit un jour avant l’existence légale de l’entreprise bénéficiaire, avec pour cocontractant l’Office national du développement du sport (ONDS).
Un enchaînement juridiquement aberrant, qui interroge sur les conditions d’attribution du marché et la vigilance des signataires, notamment le commandant Loïc Ngouayit-Kounda pour l’ONDS et Alexandra Ndoumba pour Gasma Sports.
Conflits d’intérêts et soupçons de manipulation sportive
Au-delà des irrégularités administratives présumées, l’affaire soulève un conflit d’intérêts manifeste. Être simultanément sélectionneur national et propriétaire — direct ou indirect — d’un équipementier constitue une violation flagrante des principes d’éthique promus par la FIFA et la CAF. Cette dernière n’a d’ailleurs pas validé les équipements Gaboma pour non-conformité.
Plus grave encore, des soupçons pèsent sur le staff technique dissous. Certains acteurs accusent Thierry Mouyouma, son manager général Dieudonné Londo et son adjoint Cédric Moubamba d’avoir favorisé des joueurs sous contrat avec Gasma Sports, au détriment d’autres talents. Le cas du gardien Jean-Noël Amonome, écarté après avoir rompu ses liens contractuels avec Gasma Sports, est régulièrement cité, même si l’intéressé avait longtemps conservé son statut de titulaire lorsqu’il était sous contrat.
Ce climat délétère aurait, selon plusieurs sources internes, miné la cohésion du groupe et contribué à l’élimination humiliante des Panthères, sorties de la CAN 2025 avec zéro point.
Face à la polémique, Thierry Mouyouma a rejeté les accusations sur les réseaux sociaux, promettant des « révélations ». Reste désormais au nouveau ministre des Sports, Paul Kessany, à faire toute la lumière sur cette affaire aux implications politiques, sportives et judiciaires lourdes. Une question demeure : comment le patriotisme a-t-il pu devenir l’alibi d’intérêts privés au sommet de l’État ?








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