Accord de pêche UE : vers une dénonciation, quels gains réels pour la souveraineté halieutique du Gabon ?
Le débat sur l’accord de pêche entre le Gabon et l’Union européenne refait surface, sur fond de transition politique et de discours de souveraineté économique. Dénonciation, renégociation ou statu quo aménagé : au-delà des slogans, quels bénéfices concrets le Gabon peut-il réellement tirer d’une remise à plat de ce partenariat stratégique ?
C’est un dossier sensible, longtemps traité à huis clos, mais désormais exposé sur la place publique. L’accord de pêche liant le Gabon à l’Union européenne, renouvelé à plusieurs reprises sous l’ancien régime, est de plus en plus perçu comme déséquilibré. Dans un contexte où la Transition affiche une volonté de reprendre la main sur les ressources nationales, la question n’est plus taboue : faut-il dénoncer l’accord, le renégocier, ou en changer radicalement la philosophie ?
Derrière l’argument de la souveraineté halieutique se cache une réalité plus complexe, faite d’intérêts économiques, de capacités nationales limitées et de choix stratégiques à assumer.
Ce que rapporte réellement l’accord
Sur le papier, l’accord UE-Gabon prévoit une compensation financière annuelle, des appuis techniques et un cadre réglementé pour l’exploitation des ressources halieutiques gabonaises. Dans les faits, ces retombées sont jugées faibles au regard de la valeur réelle des captures effectuées dans les eaux gabonaises.
Les critiques sont récurrentes : contribution budgétaire modeste, emplois locaux limités, faible transfert de compétences, et surtout une transformation quasi inexistante du poisson sur le territoire national. Résultat, la richesse halieutique quitte les eaux gabonaises sans créer une chaîne de valeur significative à terre.
Souveraineté halieutique : slogan ou stratégie ?
Dénoncer l’accord serait un acte politique fort. Mais encore faut-il savoir ce que le Gabon met à la place. La souveraineté halieutique ne se décrète pas, elle se construit.
Cela suppose d’abord un contrôle effectif des captures : volumes pêchés, espèces ciblées, respect des quotas et des zones autorisées. Or, la surveillance maritime reste insuffisante, malgré les efforts engagés ces dernières années. Sans moyens navals, satellitaires et humains renforcés, une dénonciation pourrait paradoxalement ouvrir la voie à une pêche illégale accrue.
Renégocier pour mieux capter la valeur
L’option la plus réaliste reste celle d’une renégociation ferme. Objectif : augmenter significativement la contrepartie financière, mais surtout imposer des obligations de retombées locales. Débarquement obligatoire d’une partie des captures au Gabon, quotas d’emplois pour les marins gabonais, investissements dans des unités de transformation, soutien à la formation et à la recherche halieutique.
C’est sur ce terrain que se joue la crédibilité du discours souverainiste. Sans industrie de transformation, le Gabon restera un simple pourvoyeur de ressources brutes, dépendant des flottes étrangères.
Industrie locale : le grand angle mort
La transformation du poisson – congélation, conserverie, filetage – est quasi inexistante à grande échelle. Pourtant, elle pourrait générer des milliers d’emplois directs et indirects, structurer des pôles portuaires et renforcer la sécurité alimentaire nationale.
Mais cette ambition suppose des investissements lourds : énergie fiable, chaîne du froid, logistique portuaire, accès au financement. Autant de prérequis encore fragiles dans le contexte actuel.
Surveillance maritime : condition non négociable
Qu’il s’agisse de dénoncer ou de renégocier, un préalable s’impose : le renforcement de la surveillance des eaux gabonaises. Sans cela, toute réforme restera cosmétique. La lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) est au cœur de la crédibilité de la politique halieutique.
Un test de cohérence politique
L’accord de pêche UE est un révélateur. Il met à l’épreuve la cohérence entre le discours de souveraineté et la capacité réelle de l’État à structurer un secteur stratégique. Dénoncer sans alternative serait un saut dans l’inconnu. Maintenir sans renégocier serait un aveu d’impuissance.
La Transition est face à un choix clair : transformer l’accord en levier de développement national ou assumer que, faute de moyens et de vision industrielle, la souveraineté halieutique restera un mot-valise de plus dans le débat public.









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