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Accidents de la route : l’inaction de la Sécurité routière devient une faute grave

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À chaque drame routier, le même scénario se répète : consternation nationale, communiqués de circonstance, appels à la prudence… puis le silence. L’accident d’Essassa, qui a coûté la vie à au moins sept personnes, agit une fois de plus comme un révélateur brutal : la politique publique de sécurité routière au Gabon est en échec. Une faillite structurelle dont la Direction générale de la Sécurité routière (DGSR) porte une responsabilité directe, et qui appelle désormais une réponse politique ferme.

Une tragédie de trop, un système à bout de souffle. Le drame d’Essassa n’est ni une fatalité ni un accident isolé. Il s’inscrit dans une longue série de catastrophes routières devenues presque banales sur les axes nationaux et périurbains. Excès de vitesse, véhicules délabrés, chauffeurs épuisés ou sous influence, contrôles complaisants : tout est connu, documenté, répertorié. Ce qui fait défaut, ce n’est ni le diagnostic ni les textes, mais la capacité de l’État à imposer une stratégie claire, cohérente et contraignante.


Il faut désormais le dire sans détour : le Gabon ne souffre pas d’un déficit de communication, mais d’un déficit d’autorité.


La DGSR, prisonnière d’une logique d’affichage


Depuis des années, la Direction générale de la Sécurité routière s’est enfermée dans une approche superficielle et inefficace. Campagnes de sensibilisation, affiches, spots radio, opérations ponctuelles de contrôle : autant d’actions qui relèvent davantage de l’affichage que d’une politique publique structurée.
Or, face à des comportements routiers manifestement criminogènes, la pédagogie seule est une illusion dangereuse. La sécurité routière ne se décrète pas par slogan. Elle repose sur la dissuasion, la sanction, la régulation stricte et la certitude de la peine. Sur ce terrain, la DGSR a failli, incapable de transformer ses propres statistiques alarmantes en réformes structurantes.


Zéro vision, zéro réforme, zéro dissuasion


Où est la politique nationale claire de limitation de vitesse pour les transports en commun ? Où est le permis à points, annoncé depuis plus de quinze ans sans jamais voir le jour ? Où sont les radars fixes, les caméras intelligentes, les contrôles techniques indépendants et systématiques ?
Nulle part.


La DGSR n’a porté aucune réforme majeure capable de modifier durablement les comportements. Elle n’a ni anticipé l’explosion du transport informel, ni encadré la prolifération anarchique des taxis et bus, ni proposé un modèle économique qui empêche les chauffeurs de transformer la vitesse en variable de rentabilité quotidienne. Cette absence de vision stratégique a un coût humain lourd : des morts évitables, semaine après semaine.


Quand l’inaction administrative tue


Il faut assumer cette réalité politique : à force de tolérer l’intolérable, l’administration devient complice passive des drames. Chaque accident mortel causé par la vitesse excessive, l’alcool ou l’état des véhicules pose une question simple et brutale : pourquoi ces comportements sont-ils encore possibles, répétés et prévisibles ?


Parce que le risque n’est pas dissuasif. Parce que les sanctions sont faibles, aléatoires, négociables. Parce que la probabilité d’être réellement puni demeure marginale. Et cette situation relève directement de la responsabilité de l’autorité chargée de la sécurité routière.


Ulrich Manfoumbi Manfoumbi attendu au tournant


La nomination de Ulrich Manfoumbi Manfoumbi comme ministre d’État, ministre des Transports, de la Marine marchande et chargé de la Logistique, ouvre une séquence décisive. Militaire de formation, rompu à la discipline, à la chaîne de commandement et à l’exigence de résultats, il ne pourra se contenter de demi-mesures.


La lutte contre l’hécatombe routière exige une reprise en main autoritaire et méthodique du secteur : réformes réglementaires immédiates, responsabilisation des transporteurs, sanctions effectives, fin de l’impunité sur les routes, coordination étroite entre Transports, Sécurité, Justice et collectivités locales. Le poids politique et l’autorité de ce ministère doivent désormais s’exercer pleinement.


Essassa, un acte d’accusation contre l’État


Essassa ne doit pas rejoindre la longue liste des faits divers vite oubliés. C’est un acte d’accusation contre une administration incapable de protéger les citoyens sur les routes. Tant que la Direction générale de la Sécurité routière confondra prévention et incantation, action et communication, le carnage se poursuivra.
Le temps du sursaut est arrivé. Soit la DGSR se réforme en profondeur, avec des objectifs chiffrés, des moyens coercitifs et une vision stratégique claire. Soit l’État devra tirer toutes les conséquences de cet échec manifeste.


Car une chose est désormais certaine : l’irresponsabilité des chauffeurs tue. Mais l’inaction de l’autorité publique aussi.

Henriette Lembet

Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...

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